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Témoignage "Jamais je ne me suis rendu compte du danger que pouvait représenter le kitsch en Inde, qu’en cette belle journée de juin, faisant le trajet d’Haldwani à Sargaketh en taxi jeep sur les routes tortueuses des contreforts Himalayens du Kumaon. Notre chauffeur, jeune homme déterminé et à fière allure, faisait dérouler la montagne à grands coups de pieds sur l’accélérateur de manière que nous doublions tout véhicule se trouvant sur notre chemin. Mais son attitude n’était pas moins dangereuse que curieuse. Avant chaque virage pris à chaude allure, où la visibilité ne pouvait pas permettre de dire que ce n’était pas le dernier tournant de la vie, il faisait religieusement sonner une clochette savamment suspendue à judicieuse distance du volant. Je compris assez rapidement que nos vies étaient désormais entre les mains de cette babiole à trois roupies, dont le ding et le dong nous prémunissait du grand Bong. J'aurais pu aussi constituer un paragraphe s'intitulant le kitsch de la superstition, où j'aurai essayé de montrer que le kitsch qui falsifie les messages, rend possible la conciliation d'un comportement superstitieux avec une attitude religieuse."
« Laxmi vous recommande les tracteurs Solanika » |
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Quand l'émotion se substitue à la réflexion La religion vécue comme un divertissement Le Kitsch religieux épouse les formes de la modernité |
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LA VIE REVEE DES INDIENS Qu'est-ce que le Kitsch ? C'est être le spectateur ému de son propre tour de magie, de sa propre farce LE KITSCH RELIGIEUX HINDOU La confusion règne au sein d'une religion dont le message est aisément détourné par le Kitsch BOLLYWOOD Analyse d'un phénomène culturel et musical, qui fait de l'Inde le premier pays producteur de film au monde Vidéos à l'appui CONTACT CREDITS LIENS |
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Souvent mises face à un public peu instruit, les religions ont trouvé les moyens de communication leur permettant de faire passer le message complexe de Dieu. Le chemin vers la foi et la morale religieuse peut être long et semé d’embûches, il peut constituer une vie entière de discussions et de réflexions. Face au devoir de la religion de rassembler des fidèles et de contribuer à l’ordre des sociétés, il a fallu trouver un autre chemin plus facile et plus accessible. C’est l’art qui permet de faire le raccourci, l’émotion se substituant à la réflexion, faisant aussi l’impasse sur celle-ci. Une peinture religieuse pourra par exemple représenter l’enfer en suscitant l’effroi du spectateur. L’émotion mise en œuvre est efficacement mise au service d’un message moral : « il faut faire le bien ». Le danger de l’art religieux réside dans la justification possible d’un comportement par l’émotion : « je fais le bien parce que j’ai peur de l’enfer ». Le lien de causalité est affaiblit par le manque de réflexion, et le risque est grand de voire le message détourné de sa fonction initiale. Le kitsch religieux, ne réside pas dans la qualité esthétique d’une œuvre, mais dans l’attitude qui consiste à se laisser émouvoir et à donner à son émotion une valeur telle qu’elle dispense de la réflexion. Les œuvres dont la finalité est l’émergence d’une telle attitude pourront être classées comme Kitsch, les autres œuvres, dont le but par exemple est de transcender la réflexion par la beauté, pourront être classées dans l’art religieux « véritable ». |
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Le rapport des indiens à la religion est très particulier, loin de vivre leur ferveur dans l’austérité, ils vivent la religion au travers des nombreuses fêtes qui ponctuent le calendrier hindou. Ils profitent de ces moments privilégiés pour se parer de leurs plus beaux costumes, danser, écouter de la musique, rire et chanter. Les hindous vivent la religion comme un divertissement. C’est cette attitude qui permet au kitsch religieux de prendre toutes ses proportions, le kitsch constituant le cadre festif de la religion. |
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Si la religion trouve un moyen d’expression privilégié au travers du kitsch, c’est que le kitsch n’invente rien, il est conformiste et ne conteste pas l’ordre établit. Le kitsch permet de prendre ses distances avec l’art et sa quête d’absolu et de nouveauté, il permet ainsi de prendre ses distances avec un outil d’innovation et donc de réflexion sur l’ordre présent (toute chose nouvelle suscite une réflexion par rapport aux choses qu’elle remplace ou au sein desquelles elle prend place). Le kitsch se contente de mettre au goût du jour, de détourner ce qui a déjà été inventé. C’est sans doute pour cela qu’il s’exprime souvent dans des objets à caractère rétro ou démodé. |
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Le kitsch religieux doit satisfaire une demande latente. La population indienne découvre la modernité et veut y participer et en bénéficier. Le kitsch religieux, produisant en masse des statuettes, objets de décoration divers, temples luminescents portatifs, statuettes de Shiva animées, permet à tous les indiens d’accéder au luxe de se créer leurs propres temples, et de participer à la modernité en bénéficiant des fruits de sa production. Le kitsch, c’est l’émancipation d’une population trop longtemps restée à l’écart du monde moderne. Concevoir soi même son temple, n’est pas tant le reflet d’une grande dévotion, que la preuve permanente de sa condition d’homme moderne qui peut jouir de son pouvoir d’acheter de l’inutilité, du décoratif et de l’anecdote. Le kitsch religieux prend en Inde des proportions gargantuesques, qui s’expliquent par le fait que la religion est vécue comme un divertissement, mais aussi parce que les Indiens sont très attachés à leur nouvelle condition d’hommes modernes. Si le kitsch religieux se comprend très bien, il comporte un danger, car il détourne le message religieux de sa fonction initiale, le simplifie ou le transforme. C’est ainsi qu’opère la magie du kitsch, qui falsifiant l’art, transmet un message bon marché, dont la trop grande simplicité et le manque de signification, permet le détournement du message, de ses fins initiales. La constitution chez soi, de son propre temple détourne le message de foi au profit d’un message symbolique d’émancipation mais le kitsch religieux permet aussi le détournement du message religieux à des fins commerciales. |
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La publicité Indienne reprend très souvent à son compte les représentations religieuses. Les publicitaires diffusent par exemple à grande échelle dans les journaux des pages entières en couleur, avec le dessin d’un Dieu associé à un message de réclame. Le choix du Dieu n’est pas indépendant du sens que la publicité doit propager. Une marque de pile qui souhaite communiquer sur les qualités de son produit se tourne immanquablement vers la déesse de la puissance : Shakti. Le symbolisme divin étant ainsi détourné au profit d’un message commercial. La publicité puise allégrement dans la richesse de la mythologie et des symboliques hindoues. Le kitsch est alors de matière enrobante qui dissimule l'outrage fait à la religion et sert à la fois ce grand détournement. |
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